D’entrée de jeu, j’ai été conquis par le procédé, tel un enfant qui découvre une boîte de bonbons. Jamais je n’avais assisté à du théâtre documentaire, alors en tant que documentariste, c’est un véritable feu d’artifice qui s’est produit à travers mes neurones.

La première partie : Le partage des eaux, coule sous nos yeux à une vitesse vertigineuse tel un long fleuve d’informations approchant une chute. On y navigue sur les eaux troubles tel un documentaire télévisé, s’accrochant à nos huit navigateurs qui nagent et qui ressortent parfois la tête hors de l’eau sous de toutes nouvelles formes. Cette pluie de personnages appuyés par le reflet translucide des projecteurs peut inonder et faire déborder nos esprits cherchant parfois à s’accrocher à une bouée de sauvetage. Une fois qu’on apprivoise les vagues projetées à travers nos lunettes d’immersion, on vogue en pêche en eaux profondes avec la capitaine, Annabel Soutar. Souvent, elle lance la ligne pour enquêter sur les différents bassins d’eaux douces contaminés par notre soif grandissante de capital. L’eau n’est pas limpide et à l’horizon, un déversement de bitume orchestré par une force conservatrice semble inévitable pour obstruer les recherches de scientifiques. Tout au long de la pièce, nous sommes pris entre les mailles du filet qui nous guident immanquablement vers les abysses du capitalisme et nos flips flops inefficaces pour freiner le navire qui coule.

Ce débat interne est particulièrement présent dans la seconde partie où nous amerrissons dans l’aquarium intimiste de l’auteure qui amène ses deux petits flots et son matelot de mari voguer à travers les provinces canadiennes. L’auteure fera une tempête dans un verre d’eau sur son incapacité d’attraper de gros poissons.

À la fin, les échanges qu’ont Annabel et son patriarche, reflètent le fait que même s’ils partagent des eaux, ils naviguent entre deux courants distincts. Par conséquent, cette difficulté de symbiose assèche les esprits vifs de nos deux petits flots qui manqueront irrémédiablement d’espace pour patauger.