L’Usine C est fière de poursuivre son programme de résidences internationales croisées avec L’L. Ce centre de recherche et de création bruxellois est un véritable laboratoire des arts vivants en Europe. Fondé en 1990 par Michèle Braconnier, L’L est aujourd’hui une institution d’envergure internationale et une structure unique en son genre. Le centre a déjà accueilli de nombreux artistes québécois dont Nicolas Cantin pour Klumzy (Usine C, saison 2014-2015) et Félix-Antoine Boutin pour Petit Guide pour disparaître doucement (Usine C, actoral Montréal 2016).

Cette année, nous avons le plaisir d’accueillir pendant deux semaines Manon Joannotéguy & Silvio Palomo, pour leur recherche Fluctuations du non-évènement, et Jean-Baptiste Polge, accompagné de Nicolas Mouzet-Tagawa pour la recherche sur la sensation du passage du temps pendant la représentation. Leur résidence se terminera avec une présentation devant public. 

Manon Joannoteguy & Silvio Palomo, Fluctuations du non-mouvement

«  Ce qui nous parle, me semble-t-il, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu’ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent ; les avions n’accèdent à l’existence que lorsqu’ils sont détournés ; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes : cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans : tant de morts et tant mieux pour l’information si les chiffres ne cessent d’augmenter ! […] Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire… »
George Perec, L’infra-ordinaire, Le Seuil, 1989.

« Et si nous relevions l’infiniment banal ? Si nous portions, au presque rien, une attention nouvelle, pour proposer une manière douce de voir les choses. Si l’anodin, par un détour, venait nous étonner pour faire d’un rien un événement et tenter de sublimer la banalité du réel. Nous décidons de partir à la recherche de ces instants volatils, au travers de nos différentes tentatives et bidouillages hasardeux, comme autant de résistances d’une apparente naïveté. »
Manon Joannoteguy & Silvio Palomo.

Silvio Palomo est né en 1989 à Santiago du Chili. Diplômé en interprétation dramatique de l’INSAS en 2014, il se consacre principalement à la mise en scène. Après une première tentative (Lama) présentée, durant son cursus scolaire, au théâtre de la Balsamine pour le Festival Printemps Précoce, il propose La Colonie en 2016. Avec cette série théâtrale en quatre épisodes, Silvio explore et décortique les comportements du quotidien. Il travaille également en étroite collaboration avec son frère Itzel Palomo (scénographe et performeur) et présente en novembre 2015 (au TJP CDN d’Alsace) Appel d’air, tirage favorable à la combustion. Ce solo prend la forme d’une expérience sensible où la mémoire devient matière modelable.

En parallèle, il intervient comme regard extérieur pour Petit guide pour disparaître doucement de Félix-Antoine Boutin présenté à Actoral en octobre 2016 ainsi que pour une lecture de Quelques rêves oubliés de Camille Panza présenté au BAMP.

En tant que comédien il a collaboré avec Salvatore Calcagno, Jean-Baptiste Polge, Louisa Merino, Camille Panza et Leonard Cornevin.

Manon Joannotéguy est née en 1989 à Amiens, petite Venise du nord, où elle passe son enfance avant de prendre le large pour la méditerranée l’année de ses treize ans. A Marseille, elle découvre les gabians, le soleil au zénith et les bains sur le retour des cours. A la fin du collège, elle hésite entre le sport et le théâtre : elle choisit le second et passe un bac L au lycée Marseilleveyre.
Elle part à Paris l’année de ses dix-huit ans, se trouve une petite chambre et s’inscrit en hypokhâgne. Dans la capitale de l’Hexagone, elle découvre une scène internationale, continue à jouer grâce à l’option théâtre du lycée Victor Hugo, suit différents stages puis décide de rejoindre l’université. Elle s’inscrit à Paris III Sorbonne Nouvelle, en études théâtrales et en audiovisuel, continue à fréquenter les théâtres, mais se plonge aussi dans les salles de cinéma. Une fois sa licence en poche, après une année au conservatoire du 13e arrondissement et un projet avec son ancien professeur d’hypokhâgne, elle part tenter le concours de l’INSAS à Bruxelles. Elle intègre cette école supérieure en art dramatique et en sort diplômée en juin 2014.
Durant cette formation, elle multiplie les rencontres, et trouve dans le travail de Silvio Palomo un point d’accroche et de langage commun. En 2016, ils créent La Colonie, une série théâtrale développée en quatre volets et présentée au Théâtre de la Balsamine (Bruxelles). A l’école, elle a aussi fait la rencontre de Simon Thomas pour qui elle a joué dans Should I stay or Should I stay (2018), et avec qui elle entame actuellement un projet de conférences théâtrales.
En outre, à sa sortie de l’école, elle retrouve Ingrid Von Wantoch Rekowski, avec qui elle avait travaillé durant sa dernière année à l’INSAS, pour une recherche autour du corps du quatuor : ce projet donnera lieu à différents moments de résidences aux Brigittines (Bruxelles) et à l’IRCAM à Paris. En mai 2015, elle participe à l’édition de « La ville en jeu » avec le projet Que puis-je faire pour vous ? d’Anne Cécile Vandalem. En février 2016, elle danse dans Fractal de Clément Thirion, en compagnie d’une trentaine de figurants. En 2017, elle rejoint le collectif Transquinquennal pour la création de Philip Seymour Hoffman par exemple de Rafael Spregelburd, présentée au KunstenFestivaldesArts à Bruxelles. Et en 2018, elle travaille avec Salvatore Calcagno pour Gen Z
Avec Silvio Palomo, d’autres projets sont aujourd’hui en cours, mais c’est un grand événement pour elle que de pouvoir partager le plateau avec lui – pour une fois – et de prendre le temps à deux de chercher autour du « presque rien ».

Jean-Baptiste Polge & Nicolas Mouzet-Tagawa, (la sensation du passage du temps pendant la représentation)

« Au départ, ma recherche tournait autour de la sensation du passage du temps pendant la représentation théâtrale. Est-il possible de manipuler la sensation du temps du spectateur ? Cela peut-il être un contenu en soi, cette perception du temps qui passe, qui peut altérer, transformer, voire créer, un contenu narratif ?
J’ai ainsi cherché les jeux de l’ennui, de l’anticipation trompée ou frustrée, de l’information donnée tardivement qui transforme les événements précédents…
Peu à peu, cette recherche sur la perception du temps s’est déplacée sur ma propre perception du temps. Je me suis mis à en explorer les détails et les structures (ou l’absence de structure), et ce contenu s’est révélé fuyant, insaisissable, rétif à toute observation.
Après quelques années d’une recherche foisonnante, Nicolas Mouzet-Tagawa s’est joint, en tant que « Présence proche ». L’apport de son regard précieux m’a permis de démêler quelques nœuds, de prendre du recul par rapport à la matière et m’a joyeusement guidé dans mes égarements.
Je suis désormais quelqu’un de fiable et de ponctuel, qui finit ce qu’il commence et qui ne perd plus son portefeuille. »
Jean-Baptiste Polge.

Une fois né (en 1986), Jean-Baptiste Polge ce Trofimov a successivement entrepris et interrompu avant terme des études de philosophie, d’anglais, de littérature, d’histoire, de géographie, de sciences politiques, de physique, de biologie, de mathématiques, de chimie, de médecine et de psychologie.
Puis il est entré à l’INSAS, où – grâce à DIEU ? – il a conclu un cursus universitaire. Depuis, le diplôme en poche, le sourire aux lèvres et la clope au bec, il est serveur au bar de l’école, l’Athénée. Il a aussi été comédien dans des spectacles de Salvatore Calcagno (GnocchiLa Vecchia Vacca), de Transquinquennal (Quarante-et-unMoby Dick), de Sabine Durand (Käthchen de Heilbronn ou L’Épreuve du feu), de Nicolas Mouzet-Tagawa (Chambarde), de Silvio Palomo (La Colonie), de lui-même (CRAWL LIKE A BUG). Il a aussi marché et dansé dans un spectacle de Clément Thirion (Fractal).
Il écrit plein de trucs tout le temps, le plus souvent destinés à son premier lecteur : la corbeille à papiers. Il n’a pas renoncé à la Recherche de l’Absolu ! Pour elle, il peut tout sacrifier.
Scorpion ascendant Vierge, néonietzschéen sur le retour, il a déclenché les alarmes de L’L, du Théâtre royal de Namur, du Théâtre du Marché aux Grains de Bouxwiller, du Théâtre de l’Oiseau-Mouche de Roubaix.
Le concours continue.

L’L | Structure expérimentale de recherche en arts vivants (Bruxelles)

Fondée en 1990 par Michèle Braconnier, L’L est d’abord un espace de travail, de production et de diffusion  dédié à la jeune création en arts vivants. Au fil des années, se met en place une notion originale d’accompagnement des artistes. En 2008, la diffusion est entièrement laissée de côté au profit de cet axe. Les artistes-chercheurs, associés à L’L pour des périodes de plusieurs années, ont l’espace, le temps et les moyens pour développer leur art, sans aucune obligation de créer un spectacle à l’issue de la période de recherche.

Mettre en question ses propres cadres et formatages, déplacer/ouvrir ses modalités d’écriture (au sens large), creuser en soi la nécessité de ce que l’on a à dire et les différentes possibilités de comment le dire… Autant d’enjeux d’un processus de recherche.

L’expérience de L’L relève d’une pratique réflexive, où s’opère un va et vient entre pratique et pensée. Un engagement qui répond à certaines conditions : travail en dehors de toute perspective de production, travail en solitaire mais accompagné selon des modalités précises, travail sans limite quant à la durée mais dans une rythmicité de quatre résidences par an, travail dans des espaces différents d’une résidence à une autre, travail financé sous forme de bourses de recherche. C’est l’ensemble de cette dynamique que L’L appelle « recherche ».

Cette pratique se développe à partir de convictions fortes défendues par L’L : reconnaissance de la démocratie comme forme de vie favorisant l’émancipation des individus, respect de l’intégrité, souci de l’équité, expérience de l’autonomie, valorisation de l’esprit critique, vertus de l’enquête, importance de l’écoute et d’une attitude bienveillante.