© Isabelle Jonniaux & © DR

L’Usine C est fière de poursuivre son programme de résidences internationales croisées avec L’L. Ce centre de recherche et de création bruxellois est un véritable laboratoire des arts vivants en Europe. Fondé en 1990 par Michèle Braconnier, L’L est aujourd’hui une institution d’envergure internationale et une structure unique en son genre. Le centre a déjà accueilli de nombreux artistes québécois dont Nicolas Cantin pour Klumzy (Usine C, saison 2014-2015) et Félix-Antoine Boutin pour Petit Guide pour disparaître doucement (Usine C, actoral Montréal 2016).

Cette année, nous avons le plaisir d’accueillir pendant deux semaines Isabelle Jonniaux, pour sa création Sensations urbaines, et Natacha Romanovsky, pour UMWELT. Leur résidence de 10 jours se terminera avec une présentation devant public.

Isabelle Jonniaux

© Pierre Liebaert

Metteure en scène, comédienne, dramaturge, Isabelle Jonniaux a grandi dans un village reculé du Hainaut, en Belgique, d’où elle a rapidement pris la fuite. Elle suit un premier parcours universitaire qui lui confère un Master en Sciences Economiques Appliquées. Cette expérience aiguise son regard critique qui la conduit progressivement vers les arts vivants, y trouvant un champ d’investigation plus propice à ses réflexions.

Elle se forme dans différentes écoles de théâtre dont le Studio-théâtre Alain de Bock (Paris), ainsi qu’à travers de nombreux workshops (Galin Stoev, Jean-François Peyret, Bénédicte Liénard, Roberto Alvim…)

Depuis 2003, elle joue en France et en Belgique, développant des collaborations avec plusieurs compagnies. Elle travaille entre autres sur l’écriture collective au sein de la Playground Cie (Limoges), explore le théâtre-documentaire avec la Cie Arcinolether (dirigée par Christophe Cotteret -Bruxelles), expérimente le théâtre intime et immersif avec la Cie du Veilleur (dirigée par Matthieu Roy -Poitiers). À partir de 2008, elle s’exerce à la direction d’acteurs et à l’écriture. Elle fonde sa propre compagnie, IN VIVO 5.12, porte à la scène Maeterlinck (L’Oiseau Bleu), Nancy Huston (La Virevolte) et collabore en 2016 avec l’auteure Annick Lefebvre pour créer en Belgique son texte «coup de poing», J’accuse (création en novembre 2017).

Parallèlement à ses projets artistiques, elle co-fonde en 2005 l’Atelier 210 (Bruxelles), un espace de création tourné vers l’émergence, où théâtre et musique se partagent la scène. En 2016, elle rejoint également l’équipe de programmation de la Maison Maria Casares (Alloue), dirigée par Matthieu Roy et Johanna Silberstein.

Son parcours à L’L

En novembre 2016, suite à un dossier de candidature, elle rejoint L’L pour démarrer une première recherche.

Sa recherche Sensations urbaines (titre provisoire)

« Juin 2017. J’erre dans les rues de Bruxelles. Je marche. J’observe. Je parle à des étrangers. Je visite des arrière-cours. Je lis les slogans publicitaires. Je me perds. Il est 14h53. C’est un lundi. Assise sur un banc, je me dis, les gens qui erre comme moi aujourd’hui dans la rue, un lundi à 14h53, qui sont-ils ? Je ne les ai jamais vus ? Ou jamais regardés ? Ils ne sont pas à un rendez-vous, un déjeuner, une réunion. Ils n’ont pas l’air de s’activer. Que font-ils ? Au fond, si tu n’es pas actif, tu es quoi ? Tu es in-actif ? Tu es désactivé ? Désœuvré ? Décalé ? Recalé ? Rescapé ? Rejeté ? En rejet ? Un rejet ? » Cette recherche a démarré en décembre 2016. Elle prend la forme d’une déambulation physique et philosophique. Elle se compose de photographies, de rencontres humaines, d’explorations de lieux. Elle raconte les maux/mots de la rue, fouille la pensée et questionne notre condition humaine. Elle explore différentes formes de « réalité augmentée », à travers une écriture visuelle, plastique et narrative.

Natacha Romanovsky

© Pierre Liebaert

Née à Bruxelles. Elle fait deux années d’Arts plastiques (Institut Saint-Luc et Le 75-Bruxelles) puis un master en Histoire de l’Art des peuples non-européens (ULB) avant de bifurquer vers les arts du cirque (Carampa-Madrid et Espace Catastrophe-Bruxelles). Elle se dirige ensuite vers le monde de la danse impro et contact.

Sa passion pour les voyages et l’aventure, l’amènent à entrecouper son parcours artistique de nombreuses explorations aux cinq coins du globe.
Ayant l’envie de mettre en scène et de travailler avec des comédiens, elle suit à Paris le cursus du Cours Florent (2008-2011) où elle aborde le travail de la parole. Elle fonde alors la Cie Container.

Elle collabore ensuite au projet Gueules de scènes de la photographe Fabienne Wrobel. Ce qui l’amènera progressivement à utiliser la photographie dans son propre travail.

Depuis 2015, parallèlement à sa recherche à L’L, elle développe un travail d’écriture et explore son rapport à la nature brute en fréquentant de plus en plus les montagnes et les océans armée d’une caméra, d’une tente, d’un carnet de notes et d’un manteau de fourrure…

Son parcours à L’L
Suite à un dépôt de candidature, Natacha Romanovsky entre à L’L et entame une première recherche en août 2015.

Sa recherche UMWELT (titre provisoire)

Cette recherche a pris pour point de départ l’ouvrage Et si l’aventure humaine devait échouer, dans lequel Théodore Monod s’interroge sur la nocivité de l’espèce humaine actuelle quant au devenir de la planète. Mais aussi des points positifs de ce même humain. A partir de là, la recherche est partie vers toutes les facettes de la condition humaine actuelle, scientifique, philosophique, écologique, politique, historique, depuis l’éthologie jusqu’à la médecine quantique en passant par la spiritualité ou l’étude du microbiote, ce qui a donné une somme astronomique de sujets, d’idées et de matériel de tout ordre formant un chaos schizophrénique se trouvant être l’illustration des paradoxes de la société humaine. Ne reste plus aujourd’hui qu’à assembler ce patchwork de pièces disparates selon divers discours narratifs ! Pas de panique, tout est relié… Acceptons l’enchevêtrement !

L’L | Structure expérimentale de recherche en arts vivants (Bruxelles)

Fondée en 1990 par Michèle Braconnier, L’L est d’abord un espace de travail, de production et de diffusion  dédié à la jeune création en arts vivants. Au fil des années, se met en place une notion originale d’accompagnement des artistes. En 2008, la diffusion est entièrement laissée de côté au profit de cet axe. Les artistes-chercheurs, associés à L’L pour des périodes de plusieurs années, ont l’espace, le temps et les moyens pour développer leur art, sans aucune obligation de créer un spectacle à l’issue de la période de recherche.

Mettre en question ses propres cadres et formatages, déplacer/ouvrir ses modalités d’écriture (au sens large), creuser en soi la nécessité de ce que l’on a à dire et les différentes possibilités de comment le dire… Autant d’enjeux d’un processus de recherche.

L’expérience de L’L relève d’une pratique réflexive, où s’opère un va et vient entre pratique et pensée. Un engagement qui répond à certaines conditions : travail en dehors de toute perspective de production, travail en solitaire mais accompagné selon des modalités précises, travail sans limite quant à la durée mais dans une rythmicité de quatre résidences par an, travail dans des espaces différents d’une résidence à une autre, travail financé sous forme de bourses de recherche. C’est l’ensemble de cette dynamique que L’L appelle « recherche ».

Cette pratique se développe à partir de convictions fortes défendues par L’L : reconnaissance de la démocratie comme forme de vie favorisant l’émancipation des individus, respect de l’intégrité, souci de l’équité, expérience de l’autonomie, valorisation de l’esprit critique, vertus de l’enquête, importance de l’écoute et d’une attitude bienveillante.