kinder_ambassadeurOn vous donne des bouchons pour les oreilles en entrant dans la salle.

Sur la scène, une mince couche de neige folle, légère.

La machine à boucane crée un brouillard froid.

Un bruit parasite buzze dans vos oreilles. Vous mettez les bouchons. Vous avez la tête dans un vacuum. Tout est assourdi. Un peu comme dans un mauvais rêve. Vous sentez d’ailleurs que vous allez peut-être passer un mauvais quart d’heure. Tout comme ces personnages, pendant une heure et quart.

Des jeunes qui portent des jeans ajustés et des hoodies noirs. La capuche bien calée sur la tête. Version métal et individualisée de la Grande faucheuse. D’ailleurs, la mort est là. On vous l’annonce.

Une voix faible, qui s’incruste dans votre tympan protégé de mousse, vous souffle que vous assistez à un Memorial Concert, des funérailles en musique en l’honneur de l’un de ceux que vous voyez sur scène, prostré dans la neige.

Un cercueil vide l’attend.

Un micro sur un stand est prêt à amplifier les éloges funèbres.

Vous assistez à des obsèques ou peut-être êtes-vous, avec les personnages, dans les limbes. Carrément arrivés aux portes de l’enfer.

Une bande d’ados, des enfants dans des corps de presque adultes. Un band de musiciens. Des jeunes loups solitaires qui se tiennent en meute. Pourtant. N’ont rien à se dire. N’ont rien à se donner. Ne se rassemblent que parce qu’ils se ressemblent.

Fument. Boivent.

Se font violence.

Lentement. Mécaniquement. Animés. Inanimés. Poussés par des forces invisibles. Rage. Haine. Désespoir.

Leurs corps s’épanchent, se contractent, se plient comme des roseaux. Se touchent. Se poussent. Se brutalisent. Incapables de tendresse.

Rituel funèbre. Suicide collectif.

La neige tombe.

This is our last song. For all eternity.

Le band chante sa dernière chanson. Le chant d’une génération d’enfants morts.

 

Conception : Gisèle Vienne

Texte et dramaturgie : Dennis Cooper

Josée Thibault, ambassadrice de l’Usine