Ruelle, du cirque qui prend place dans un décor urbain, est surprenant, ambivalent, comme le sont les vraies ruelles montréalaises. Nous développons tous un rapport particulier à celles-ci, j’en retiens personnellement la peur. Une peur genrée de surcroît. Pourtant, plus jeune, le point de rencontre était précisément là, dans les ruelles. C’était un lieu de créativité, où nous pouvions nous asseoir des heures sur le sol, popsicle à la main, et se sentir en parfaite sécurité. Mais le rapport à ces lieux peut changer drastiquement avec le temps.

Les ruelles c’est aussi le réveil immanquable de craintes, nombreuses femmes en témoigneront, c’est le cœur qui bat follement au bruit des pas qui suivent, c’est marcher en se jurant que c’est la dernière fois que nous passerons par ce chemin, et c’est aussi être envahie par des images mentales de viols et de violences jusqu’à la seconde où nous franchissons la porte, en lieu sûr. C’est probablement pourquoi, même dans la fiction, cette partie sombre ne peut être ignorée.

Le spectacle présenté hier témoigne bien de l’univers particulier que sont les ruelles et de leurs multiples facettes. Les acrobates, incroyables artistes, sont aussi dans ce spectacle des personnages aux caractères spécifiques, drôles et dramatiques. La mise en scène, elle, est captivante, un peu ancrée dans des clichés, mais ça s’oublie vite grâce aux impressionnantes chorégraphies. Les éléments du quotidien, une corde à linge, des boîtes en cartons, un pantalon, deviennent objet d’art et partie prenante de la présentation. Ruelle donne définitivement envie de redécouvrir ces lieux mystérieux, aux mille scénarios possibles.