Jouons à un petit jeu :

– Mon premier est un cube à six surfaces, souvent lancé pour jouer.
– Mon deuxième est circulaire et se mérite le titre de l’invention de tous les temps.
– Mon troisième manque à tous, mais ne peut être acheté par personne.
– Mon tout est le qualificatif inévitable qui décrit Phèdre :

Déroutant.
Voilà le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à ce travail de Jérémie Niel.

Fervente adepte de joie, de bonheur, d’allégresse et de couleurs vives, ce « clash » entre Phèdre et moi a été inévitable. Aucun attachement immédiat avec l’histoire, aucun sentiment d’appartenance envers les personnages, aucun intérêt pour les tragédies grecques, et pourtant, Phèdre a su capter mon attention dès la première seconde et piquer ma curiosité. Déroutant non? La clef de l’oeuvre? Le son; la trame sonore qui relève d’un génie inexplicable. Toutes ces prouesses sonores ont été le point fort, voire même inébranlable, de la pièce. Engloutis par ces sons inhabituels, comme dans une salle UltraAVX dernier cri d’un Cineplex quelconque, je me suis sentie entraînée dans l’histoire malgré moi. À travers les cris des acteurs, les respirations incessantes, le dépeçage des victimes par un corbeau, le jet d’eau de la triste fontaine, j’ai réalisé que l’histoire racontée dans cette salle de l’Usine C n’a pas été celle de Sénèque, Ovide, Racine et Dante, mais plutôt celle de Niel. Une histoire qui raconte la passion à travers l’un des cinq sens. Encore perplexe face à l’histoire de Phèdre, je reste agréablement surprise de l’intelligence avec laquelle Niel a su manipuler la trame sonore de son oeuvre. Une expérience à vivre.

Naïma Francisque