qua_ambassQuand je pense qu’on va vieillir ensemble permet de passer une excellente soirée. On rit franchement, mais le rire se fait grinçant. L’enchaînement de tableaux met en scène des situations de nos vies modernes où l’on doit performer pour trouver un emploi, tout mettre en œuvre pour séduire – c’est-à-dire faire émerger la femme en soi (sexy et ramenée à son appareil reproducteur, le cerveau vide) -, etc. Finalement, à trop vouloir se faire coacher dans sa vie pour réussir (mais réussir quoi ?), les êtres sur scène deviennent tout autre chose que ce qu’ils sont. Parce que la société nous pousse à être plus comme ci et plus comme ça… Jusqu’à ce que ce modèle se craquèle… et là, bonjour les coups et la bagarre. La misère sociale et affective émerge et nous frappe de plein fouet : on continue à rire, mais légèrement crispé dans notre fauteuil.

À plusieurs reprises, je me suis dit : mais qu’est-ce que c’est que cette représentation théâtrale ? Jusqu’où vont-ils aller dans la provocation ? Parce que pendant une heure trente, c’est une succession de coups physiques, de harcèlement psychologique, de destruction, de jeux de sexe plutôt crus… Les comédiens nous perdent (pour notre plus grand plaisir) dans leur jeu entre texte et improvisation. Ils rient eux-mêmes parfois de leurs paroles, se trompent, recommencent. C’est un joyeux et cruel bazar qui se déroule sous nos yeux… et nous renvoie à notre condition humaine.
Delphine Folliet