Nous entrons dans une chambre, voyeurs. Nous sommes assis par terre, au milieu des vêtements et objets laissés çà et là par les occupants de cette chambre, qui y sont depuis quelques temps, comme nous le présumons par l’ampleur du désordre qui règne. Juliette est étendue, moitié sur le sol, moitié sur le lit, Roméo est sous la douche. Ou est-ce Clara sur le lit et Francis sous la douche? Difficile à dire, et peu importe… Les concepteurs Catherine Gaudet et Jérémy Niel, accompagnés de Clara Furey et de Francis Ducharme, nous entraînent dans une expérience immersive, nous font pénétrer dans l’intimité de deux jeunes amants qui s’aiment à travers Roméo, Juliette, et tous les autres.

 

Dans le décor impersonnel d’une chambre d’hôtel, les jeunes amants, en l’espace d’une nuit, passent du rire à la douleur insoutenable, de l’art de la citation élevée en dialogue à la diatribe shakespearienne et aux mouvements saccadés de la danse contemporaine, si peu souvent eux-mêmes qu’ils semblent ne pouvoir s’aimer que convulsivement, à partir d’un collage de paroles et de scénarios empruntés Oh-Roméo-pourquoi-es-tu-Roméo-To-be-fucked-in-the-head-or-not-That-is-the-question.

 

Il ressort de ce délire amoureux, étiré en le jeu et la tragédie, une impression d’amour-performance, d’amour-tremblement, qui serait impossible sans les intervalles de danse soutenus par la musique tonnante de Prokofiev. Ni théâtre dansé, ni comédie musicale, les segments, bien définis, se complémentent et donnent à voir ce qui pourrait être le drame de l’ordinaire qui se dessine entre les lignes. Car, imitation grotesque ou non, la tragédie de Roméo et Juliette demeure à la fois très excellente et lamentable.