Avec son adaptation très personnalisée de Macbeth, Angela Konrad réussit le tour de force de contemporaniser Shakespeare en évitant l’arrière-goût d’anachronisme qui accompagne souvent de telles manœuvres. La metteure en scène assume pleinement le travail de création effectué à la fois sur la pièce originale et sur la traduction de Michel Garneau, ajoutant ici et retirant là pour ne garder, selon moi, que ce qui constitue l’essence même de Macbeth.

Unissant un décor minimaliste composé de matières brutes – bois, eau, ciment, fourrure – à une mise en scène « pleine de son et de furie », le spectacle nous transporte, dès l’ouverture des portes, dans une atmosphère déjantée, un tourbillon pulsionnel frénétique où le désir et la corporalité prennent le pas sur la raison. C’est dans cet univers de renversement carnavalesque que nous entraîne la performance époustouflante des trois sorcières, jouées par Gaétan Nadeau, Alain Fournier et Olivier Turcotte. Konrad éliminant le concept « un acteur-un personnage », ces derniers investissent tous les rôles secondaires et en font ressortir, par les nuances d’un jeu extrêmement physique, une animalité ambiguë qui sert bien la pièce.

Si les trois chansons qui parsèment les 2h10 que durent la représentation m’ont personnellement parues un peu trop longues et superflues, du reste, la saveur « capharnaüm-rock » donnée à la pièce par l’utilisation de bandes sonores et de chorégraphies rappelant davantage Black Sabbath que le sabbat des sorcières sert d’autant mieux l’alliance baroque-contemporain brillamment mise en place par Konrad et son équipe.

Valérie Savard, ambassadrice de l’Usine C