Le ciel est sombre en ce d.but de 21e siècle. Notre course folle vers une croissance toujours plus grande accélère la dégradation de notre planète, engendrant des enjeux sociaux, politiques, environnementaux et humains d’une ampleur inédite. Les artistes que nous avons réuni.e.s cette saison évoquent avec force, chacun.e à leur manière, l’urgence du moment et leurs oeuvres éclairent notre compréhension du monde en ces temps obscurcis.

C’est avec un bonheur, partagé j’en suis sûre, que nous lançons fièrement cette 24e saison avec le désormais mythique J’aime Hydro. Cette pièce documentaire de Christine Beaulieu, mise en scène par Philippe Cyr, analyse avec finesse toute la complexité de notre relation avec Hydro-Québec. Pour sa part, après Les particules élémentaires de Houellebecq, le jeune metteur en scène français Julien Gosselin reprend un texte de l’auteur américain Don DeLillo pour dépeindre la fragilité des hommes, leurs désirs de liens véritables dans une société rongée par le capitalisme. C’est le même combat mené par ce jeune coréen exilé Jaha Koo qui, tout en parlant avec ses cuiseurs de riz, nous fait découvrir les ravages engendrés par la crise économique dans son pays et le désespoir de ses compatriotes. Jérôme Richer et Martin Bellemare nous révèlent quant à eux les effets destructeurs générés par les activités des grandes compagnies minières canadiennes en Afrique. Le brésilien Rodrigo Portella reprend Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard alors qu’au Brésil, les meurtres homophobes atteignent des sommets. Brigitte Haentjens s’empare de la pièce Sang du célèbre auteur suédois Lars Norén, nous faisant vivre l’éclatement d’une famille face au totalitarisme, tandis que Philippe Cyr décortique la violence du regard de l’autre avec le chef-d’oeuvre de Martin Crimp.

Dans ce ciel assombri, il serait grand temps de rallumer les .toiles. C’est ce que tentent de faire Frédérick Gravel avec son solo existentiel rock, Dana Michel avec sa quête intime d’authenticité, Jean-Francois Spricigo et Anna Mouglalis se murmurant l’espoir d’une rencontre, et Dimitris Papaioannou qui regarde les gens vivre, laisse le soleil passer et se coucher sur la pellicule, révélant le quotidien de nos vies composées de petits riens. Les quatre créatrices Soleil Launière, Andrea Peña, Anne Thériault et Daina Ashbee, réunies par Mellissa Lariviere dans la série BODY ELECTRIC insufflent aux corps force et poésie et nous révèlent des mondes insoupçonnés, tandis que L’orchestre d’hommes-orchestres, toujours brillant et lumineux, nous sert yodel américain et exploit culinaire. Philippe Boutin et Étienne Lepage revisitent le Nouveau Testament à travers le prisme du BlingBling et Clara Furey nous amène hors des turbulences vers une harmonie cosmique.

L’un.e après l’autre, les artistes de cette saison vous invitent à partager leur vision poétique et politique du monde ; un monde à réinventer ensemble en ces temps plus qu’incertains. Au plaisir, cher public, de vous retrouver à leurs côtés.

Danièle de Fontenay
Directrice artistique, codirectrice générale et cofondatrice de l’Usine C